A la mi-mars 2020, la Belgique s’est vue confinée, et un lockdown général s’est peu à peu installé afin d’endiguer la propagation du coronavirus. De leur côté, les producteurs étaient en pleine période de production et de récolte, principalement au niveau des fruits et légumes. Et là, ils ont dû faire face à un problème d’acheminement de la main d’œuvre étrangère saisonnière habituelle. Une des solutions mise en place par le secteur agricole a été la création de la plateforme JobsEasy-Agri.

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Manon Lepomme, humoriste, a trouvé un job grâce à la plateforme Jobs.Easy-Agri

Manon LEPOMME, humoriste liégeoise, s’est retrouvée elle aussi, au chômage économique provisoire. Découvrez dans cette interview exclusive, comment elle a pris la décision de travailler pour un des producteurs de fraises de la commune de Slins (Liège) et son ressenti sur cette situation inédite

Interview de Manon Lepomme pour Jobs Easy-Agri

Jobs.Easy-Agri : Bonjour Manon Lepomme. Comment avez-vous vécu cette période ?

Manon Lepomme : Donc moi je suis comédienne et humoriste. A partir du 14 mars je n’avais plus la possibilité de travailler. Et donc, j’étais confinée dans un appartement sans extérieur. Au début, on est un peu content car on range des choses que l’on devait ranger depuis 5 ans. Puis, à un moment donné, on tourne en rond et on devient un peu fou et on se sent un peu inutile. C’est le sentiment que j’ai eu pendant tout un temps et qui n’a pas été facile à gérer émotionnellement.

Jobs.Easy-Agri : Comment vous est venue l’idée d’aller aider un producteurs de fraises près de chez vous ?

Je me sentais vraiment inutile. Et je me suis dit, qu’est-ce que je pourrais faire pour être moins inutile, pour occuper mon temps ? Me lancer dans la conception de vidéos et sur les réseaux sociaux, ce n’était pas mon truc, je n’avais pas envie. J’avais envie de retourner à quelque chose de plus essentiel et de plus nécessaire. J’avais entendu parler de la plateforme Jobs.Easy-agri. Je ne sais plus comment j’en ai entendu parler, je crois c’est via internet ou si ce sont des potes qui m’en ont parlé, je ne sais plus. Et je me suis dit, la vie à la ferme, quand j’étais petite ça me faisait rêver. Je vais être à l’extérieur, je vais voir des gens, j’ai envie de participer à ça.

Jobs.Easy-Agri : Comment avez-vous pris contact avec le producteur ?

Je me suis donc inscrite sur la plateforme http://jobs.easy-agri.com et il se fait qu’un producteur de fraises cherchait quelqu’un. Il cherchait deux personnes mais avait déjà trouvé une personne qui travaille aussi dans le monde de l’évènementiel, qui n’avait plus de boulot. Puis il m’a appelée, il ne savait pas du tout qui j’étais. Enfin qui j’étais, c’est un petit peu prétentieux de dire ça mais il ne savait pas que j’étais comédienne, humoriste. Pas du tout, il ne me connaissait pas du tout.

Jobs.Easy-Agri :  Vous avez donc travaillé à la cueillette des fraises ?

Au départ, je pensais que j’allais cueillir des fraises, et le producteur m’a dit que non, non, cueillir de un, c’est très technique, de deux, c’est très physique. Et effectivement, quand j’y suis allée, il m’a fait visiter l’exploitation et c’est là que je me suis rendu compte de la technicité et de la difficulté. Enfin je veux dire, vous êtes à genoux pendant 7 heures par jour. Il fait parfois très chaud, vous commencez à 5 heures et demi du matin. Ce n’est pas du tout à la portée de tout le monde et on ne coupe pas des fraises n’importe comment, on ne les met pas n’importe comment dans un ravier. Surtout que la fraise est un fruit super fragile. Cà aussi, c’est très intéressant à comprendre.

Jobs.Easy-Agri : Vous avez donc travaillé comme saisonnière à la vente ?

Oui effectivement, c’était plutôt pour être à la vente avec son épouse. Parfois c’était un jour, deux jours, parfois trois jours, ça dépendait un peu. Je venais travailler ici et j’ai tout de suite accroché avec le producteur et avec son épouse. Ca s’est très bien passé, on s’est très bien entendus. Ce sont des personnes qui sont très consciencieuses, qui sont très passionnées. Je veux dire que ce producteur parle de ses fraises comme il parle d’une personne, c’est très impressionnant. Les bonnes personnes attirent les bonnes personnes.

Jobs.Easy-Agri : Qu’avez-vous appris de cette expérience ?

Ça c’est très très bien passé, j’ai appris une quantité de choses. Je peux même faire un sketch sur les fraises. Je peux reconnaître des fraises à vue d’œil et savoir quelle est la variété, je suis très très fière. J’ai appris comment on cultive des fraises, quand on plante des fraises. En fait, on ne se rend pas compte, tout ce qu’il y a derrière un ravier de fraises et ça c’est vraiment très impressionnant. Et puis, ça m’a fait du bien d’être dehors, ça m’a fait du bien de voir des gens et ça m’a fait du bien, de me sentir, oui de me sentir un peu utile. J’ai perdu du poids parce que c’est physique (rires). C’est moins physique que de cueillir mais c’est quand même physique. Il faut porter des caisses, il faut porter des jus, il faut ranger. Moi qui avais, comme je dis dans mon sketch, des « coucou mamy » en dessous des bras, ben ils ont disparu pratiquement. Donc voilà, ça a été très chouette, là c’est la fin.

Jobs.Easy-Agri : Est-ce que travailler comme saisonnier c’est possible pour tout le monde ?

Il y a vraiment des techniques à apprendre, il y a une façon de faire et ça j’étais à mille lieux de l’imaginer. Je savais comment on ramassait des fraises à genoux et tout ça, ça je le savais parce que j’avais eu des fraisiers quand j’étais petite. Mais je ne m’attendais pas à ce que ce soit la manière dont on coupe, etc. Et en fait, c’est logique, c’est un métier quoi ! Je me suis rendue compte de plein de réalités des agriculteurs et ça aussi… on ne s’imagine pas en fait ce que c’est la vie d’un agriculteur. Moi si, je me l’imaginais, mais je ne pensais quand même pas que c’était à ce point-là.

Jobs.Easy-Agri : Vous dites « On ne se rend pas compte, tout ce qui est derrière un ravier de fraises »?  

Tout à fait ! C’est en étant sur le terrain qu’on se rend compte du travail qu’il y a derrière. Et moi, je ne savais pas qu’on plantait les fraisiers au mois d’août. Donc c’est un an de travail, en fait, finalement. Et sans savoir quel rendement on va avoir, en fonction du temps qu’il fait en hiver, ça a un impact, en fonction du temps qu’il fait au printemps. C’est quand même assez fou quoi. Et oui, donc le prix, ça c’est clair qu’on se rend compte que voilà c’est un produit qui est difficile et qui prend du temps. Il faut donc payer une certaine valeur…

Jobs.Easy-Agri : Comment s’annonce la reprise de votre côté ?

A partir de demain, ce sera terminé. Ça commence à reprendre pour moi car on essaie d’organiser pour l’été des spectacles. Du coup ça se met assez bien finalement. Et voilà, non c’est vraiment une super expérience en fait tant psychologiquement qu’intellectuellement, que physiquement.  Du coup je suis très contente et je suis un peu émue car demain c’est mon dernier jour, et c’est quand même des gens que j’ai côtoyés beaucoup et avec qui on a parlé de beaucoup de choses. Donc voilà c’est positif à tous les points de vue.